Zaho de Sagazan - La symphonie des éclairs
Éclairs à la caféine
Obsédantes. Voilà l'adjectif qui colle le mieux aux chansons de Zaho de Sagazan.
Mais c'est quoi ce blaze, pour commencer ? Au début j'ai cru que c'était le patronyme complet de la rappeuse de "C'est chelou" (2008) qui tentait un come-back. Pas du tout. Il s'agit d'une jeune chanteuse blonde venant de Saint-Nazaire, et c'est son vrai nom. Elle se réclame de Barbara et de Brel. Et s'ingénie à remplir toutes les salles et tous les festivals où elle passe depuis 1 an ou 2, même quand son album – dévastateur – n'était pas encore sorti et qu'elle n'avait que quelques singles au compteur. Phénomène ! Cette artiste est une tornade qui ravage tout sur son passage.
Le style ? Entre chanson et électro, avec des textes sombres et poignants. Une sorte de Stromae au féminin, indubitablement. Je ne suis pourtant jamais rentré dans la stromaenia. J'ai dressé l'oreille au moment où le Belge est apparu dans le paysage avec "Alors on danse", parce qu'il apportait quelque chose de frais et de nouveau. Puis j'ai lâché parce que je trouvais que musicalement il faisait un peu tout le temps la même chose, que l'aspect spectacle prenait le pas sur la musique et que les textes ne me touchaient pas. Ce qui n'est pas le cas avec Zaho. Ses chansons arrachent des lambeaux de nous. Directement dans la chair. Médusés, on en redemande.
Elle aborde les violences conjugales dans "Les dormantes", un texte qu'elle avoue avoir eu du mal à finir, et dont elle aimerait que le moins de personnes possible se retrouvent dedans.
Pièce maîtresse de l'édifice, une personnification de la "Tristesse" décapante, qui évoque un 'marionnettiste' sans rappeler Pierre Bachelet, décrit notre volonté, souvent avortée, de garder le contrôle sur nos émotions.
Proche d'un Malik Djoudi dans le son (pas dans la voix), elle rejoint les artistes pas si nombreux à faire de la bonne électro-pop en français. On ne va pas se trémousser tout le temps non plus, car elle a inclus plusieurs très bons morceaux plus modérés : valse mélancolique ("Je rêve"), piano-voix incrédule ("Dis-moi que tu m'aimes") ou carrément terrifiant ("Suffisamment").
Je ne lui en veux pas de fumer des pétards pour chercher l'inspiration ("Aspiration"). Tant d'autres l'ont fait avant elle, parfois avec des substances plus fortes. Je lui en veux d'en avoir fait le thème d'une chanson. Et d'une bonne en plus ! De celles qui rentrent bien dans la tête. Comme la majorité du disque.
Mais la question n'est pas là. On ne devrait pas forcer l'inspiration. Elle vient ou elle ne vient pas. Si elle ne vient pas, autant ne pas écrire et attendre, tout simplement.
En fait, l'auteure-compositrice-interprète a confié qu'elle trouvait ça glauque et qu'elle était tout à fait capable de bien écrire en étant à jeun. Elle a raison.
Plus que sa voix, androgyne, à la limite de la masculinité, c'est son phrasé qui est étonnant, unique. Et que dire de ses aaah ! glissés entre les phrases. Parfois on a même droit au combo aaah-mmmh. Teinté d'agacement. Qui contribue à rendre ses chansons encore plus obsédantes.
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Les morceaux finissent souvent en une espèce de transe. On est dedans ou on n'y est pas, à vous de voir.
Pourtant, ça ne s'éternise pas. Seules 2 pistes dépassent les 4 minutes : "La fontaine de sang" (inspirée d'un sonnet de Baudelaire de même titre) avec son délire technoïde passé les 3 minutes, et "Dis-moi que tu m'aimes", qui tourne volontairement en boucle puisque c'est justement le principe du texte. -
Les dormantes
Tristesse
Mon inconnu -
La fontaine de sang
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La phrase
« Non, je ne suis pas aveugle, je ne veux juste pas voir » ("Suffisamment")
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elle
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…Et maintenant, écoutez !
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Créé le29 avril 2023
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