Puts Marie - Pigeons, politicians & pinups during the end time of mankind
Pigeonnant
On peut facilement parler ici de suicide commercial. Un suicide par balle. Comme celle qui a traversé la vitre, sur la pochette. Trou de Bâle ? Pas du tout, puisqu'ils viennent... pas de Vienne, mais de Bienne. Bien.
En 2024, sortir un album pareil, c'est suicidaire. 6 pistes seulement, qui font un délicieux bras d'honneur aux tendances et aux formats d'usage, qu'ils soient imposés par les radios ou par Internet. Nous y reviendrons.
Suicidaire aussi, ce titre à rallonge. Je vous mets au défi d'arriver à le mémoriser. Il réalise pourtant la juste synthèse des thèmes abordés. Doit-on en déduire que la fin de l'humanité se diviserait en 3 groupes : pigeons, pin-ups et politiciens ? Bigre, je ne me reconnais dans aucun des 3.
Suicidaire enfin, l'absence totale de cet album sur les grandes plateformes d'écoute en ligne, au profit du seul Bandcamp.
On en était resté à Catching bad temper, bon album en soi, mais peut-être un peu trop marqué d'errances hip-hop pour me satisfaire complètement. Que s'est-il passé depuis ? Nick Porsche a jeté l'éponge, en même temps que les baguettes, se laissant juste le temps d'enregistrer un album solo très imagé. Sans lui, Puts Marie a tenu bon et sorti 2 fois 2 titres, dont le sublime "A boy called monkey" (2019), laissant déjà augurer la couleur de ce nouvel opus.
Sur l'intro de "Robber's daughter", je me dis qu'en terme de rythme saccadé je n'avais peut-être rien connu d'aussi excitant depuis l'intro de "Disintegration" de Cure (je parle du morceau).
J'en profite pour préciser aux francophones incurables que "Robber's daughter" n'est pas la fille à Robert (Smith) mais la fille du voleur. Voleuse elle aussi, à 5 ans seulement, dit le texte.
Et quelle basse, sur ce titre ! Elle est remarquable d'ailleurs aussi à d'autres endroits du disque. Une nouveauté car, de mémoire, ce n'était pas autant le cas dans la musique du quintette rock auparavant. Igor Stepniewski – ce nom aussi je vous mets au défi de le mémoriser ou de l'épeler correctement – a fait du bon boulot.
Surprise ! Une voix autre que celle de Max Usata sur un album de Puts Marie ! Celle de la chanteuse et artiste expérimentale Rea Dubach, sur le crépusculaire "Hotel Asylum" et sa porte qui grince. Droit d'asile ou asile de fous ? L'endroit, mal en point, tient peut-être un peu des 2.
De "Cicciolina and the clerks" j'aime beaucoup la partie initiale où la voix de Max part dans les aigus, mais la partie déclamative désespérée gâche beaucoup ce morceau, à mon sens, et la fin instrumentale, plutôt bonne, ne suffit pas à le sauver.
Cet épisode romain ne suffit en revanche pas à disqualifier dans sa globalité un album somme toute homogène. Bien au contraire. À l'instar du vol de l'oiseau ("Bird breeding man"), la musique de Puts Marie parvient toujours à retrouver la bonne orientation. Sans doute par magnétoréception également. Suicide commercial certainement, mais réussite artistique totale.
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« Quand c'est bien ça peut durer plus longtemps » m'avait dit Sirup Gagavil, le guitariste, quand je les avais interviewés. Une phrase sybilline – et peut-être coquine – qui témoigne d'un état d'esprit audacieux, appliqué à merveille sur cet album, puisque les pistes durent 6:53 en moyenne.
Avec un sombre "Hotel Asylum" qui culmine à 11:04. Ce qui lui laisse bien le temps de développer ses 2 parties. Inégales (4 cinquièmes vs 1 cinquième), la 2e constituant une magnifique échappatoire, probablement imaginaire, hors de l'enfer que ces réfugiés ont vécu, ou vivent encore.
Les intros sont bonnes. Toutes. Avec un son superbe. J'ai déjà parlé de celle de "Robber's daughter" ; celle de "Bird breeding man" vaut le coup aussi, parfaite pour attaquer un concert : la nappe d'ambiance, la montée mélodique, l'entrée successive des musiciens… Je vois tout ça !
Oui, les intros sont bonnes. C'est après que… c'est pas forcément ce qu'on attend. Et tant mieux ! Prenez le temps d'apprécier… -
Bird breeding man
Robber's daughter
Hotel Asylum -
Cicciolina and the clerks
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La phrase
« We thought we’ve been through hell, to end up in hell » ("Hotel Asylum")
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eux
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…Et maintenant, écoutez !
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Tagsintro | basse | Igor Stepniewski | Bandcamp | Robert Smith | Rea Dubach | Nick Porsche | Max Usata | Puts Marie | rock
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Créé le5 novembre 2024
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